Dans les forêts luxuriantes de Madagascar, un drame se joue entre deux espèces menacées d’extinction. Le lémurien sifaka à diadème, en danger critique, fait face à un nouveau prédateur inattendu : le félin fosa, lui-même vulnérable. Les scientifiques tirent la sonnette d’alarme sur les conséquences désastreuses de la destruction de l’habitat pour tout l’écosystème de l’île.
Le sifaka à diadème : un trésor en péril
Le sifaka à diadème est le plus grand des lémuriens sifakas. Ces primates arboricoles, endémiques de la forêt tropicale de l’est de Madagascar, sont reconnaissables à leur magnifique pelage orangé, noir et blanc. Malheureusement, leur population a dramatiquement décliné en raison de la déforestation galopante causée par l’agriculture sur brûlis. Aujourd’hui, l’espèce est classée en danger critique d’extinction par l’Union Internationale pour la Conservation de la Nature (UICN).
Les menaces qui pèsent sur le sifaka à diadème sont multiples :
- Destruction de son habitat naturel
- Braconnage pour sa viande et sa fourrure
- Faible taux de reproduction
- Risque élevé de consanguinité dans les populations isolées
Le fosa : un prédateur méconnu et menacé

Le fosa, parfois orthographié « fossa », est le plus grand prédateur de Madagascar. Ce félin rougeâtre au corps élancé et à la longue queue est un excellent grimpeur, souvent comparé au puma. Pourtant, il appartient en réalité à la famille des viverridés, qui comprend notamment les civettes et les genettes.
Bien que redoutable chasseur, le fosa est lui aussi classé comme espèce vulnérable par l’UICN. Il souffre de la raréfaction de ses proies, conséquence directe de la destruction de son habitat. Outre les lémuriens, le fosa se nourrit d’oiseaux et de rongeurs, eux aussi impactés par la déforestation.
Betampona : une réserve naturelle sous pression
C’est dans la Réserve Naturelle Intégrale de Betampona, première aire protégée de Madagascar, que les scientifiques ont observé les attaques de fosas sur les sifakas à diadème. Cette forêt de 2 200 hectares, isolée au milieu des terres agricoles de la côte est, abrite une biodiversité exceptionnelle mais fragilisée.
L’isolement de la réserve pose plusieurs problèmes :
- Difficulté pour les animaux de trouver des partenaires non apparentés
- Compétition accrue pour les ressources alimentaires
- Risque d’extinction locale des espèces les plus vulnérables
Une étude comportementale révélatrice
Une équipe de chercheurs américains et malgaches a pu documenter pour la première fois la prédation du sifaka à diadème par le fosa. Lors de leurs observations quotidiennes du comportement des lémuriens, les scientifiques ont assisté à une attaque, un événement rarissime.
Par la suite, ils ont découvert les restes d’un autre sifaka, probablement tué par un fosa. Des poils et des os étaient éparpillés sur le site, et les branches alentour portaient des traces de lutte. Sur une période de 19 mois, l’équipe a relevé plusieurs tentatives de prédation, même si toutes n’ont pas été couronnées de succès.
Un équilibre écologique précaire
Cette nouvelle pression de prédation, combinée au faible taux de reproduction et au risque élevé de consanguinité, fait craindre le pire pour la population de sifakas à diadème de Betampona. Les chercheurs soulignent que la survie de l’espèce dans cette réserve est sérieusement compromise.
Pour autant, le fosa n’est pas « le méchant » de l’histoire. Lui aussi a besoin de protection et souffre de la perte de son habitat, de la compétition pour les ressources alimentaires, et d’une mauvaise réputation auprès des humains qui le considèrent souvent comme un nuisible.
Cette étude met en lumière la complexité de la conservation dans un écosystème perturbé par les activités humaines. Les effets en cascade de la destruction de l’habitat peuvent conduire à des changements inattendus dans les relations entre espèces, comme une prédation accrue ou un appauvrissement génétique.
En fin de compte, c’est l’équilibre de tout l’écosystème qui est en jeu lorsque l’habitat naturel est dégradé. Pour sauver le sifaka à diadème et le fosa, il est urgent de protéger et restaurer les forêts de Madagascar, tout en sensibilisant les populations locales à l’importance de la biodiversité. Seule une approche globale et concertée permettra d’éviter une nouvelle extinction sur cette île aux trésors naturels inestimables.