Alerte tsunami en Alaska : les navires de croisière en danger face à l’effondrement des falaises

Le réchauffement climatique provoque la fonte des glaciers en Alaska, déstabilisant les falaises surplombant les fjords et les baies de l’État. Cette situation augmente le risque de tsunamis générés par des glissements de terrain, menaçant les navires de croisière et les bateaux de tourisme. Les opérateurs doivent faire face à ce danger croissant et s’interrogent sur les mesures à prendre en cas de catastrophe.

La fonte des glaciers, un facteur de déstabilisation des falaises

Les températures en hausse entraînent le retrait de nombreux glaciers en Alaska. Autrefois soutenues par la glace, les falaises abruptes des fjords se retrouvent désormais exposées et instables. Plusieurs facteurs aggravent les risques :

  • Les pluies plus intenses et le dégel du pergélisol fragilisent davantage les parois rocheuses
  • Des pans entiers de montagne, pesant des millions de mètres cubes, menacent de s’effondrer à tout moment
  • L’afflux croissant de touristes dans ces zones accentue la vulnérabilité face aux catastrophes potentielles

Des tsunamis soudains et dévastateurs

Contrairement aux tsunamis déclenchés par des séismes lointains, ceux provoqués par des glissements de terrain côtiers surviennent de manière soudaine et peuvent générer des vagues bien plus hautes. Les navires se trouvant à proximité sont particulièrement exposés au danger.

Amanda Bauer, opératrice de croisières en Alaska depuis 17 ans, s’inquiète de la situation dans le fjord de Barry Arm, où une masse instable de 500 millions de mètres cubes surplombe le glacier en recul. Elle s’interroge sur la conduite à tenir en cas d’incident, soulignant la difficulté de manœuvrer rapidement dans des eaux encombrées de glace.

Un manque de directives adaptées pour les opérateurs de navires

Les recherches menées par le géologue Bretwood Higman révèlent un manque de données scientifiques et de conseils précis pour aider les capitaines à faire face aux tsunamis côtiers. Les directives officielles, basées sur les effets des tsunamis au large, se résument à trois points :

  • Pour les navires à quai, abandonner le navire et se réfugier en hauteur à pied
  • Pour les navires en eaux profondes (entre 90 et 180 mètres), gagner des eaux encore plus profondes
  • Pour les navires près du rivage, choisir entre échouer le bateau et fuir, ou gagner des eaux profondes

Ces conseils génériques s’appliquent indifféremment à tous les types d’embarcations, du kayak au paquebot de croisière. Higman souligne que les capitaines hésiteraient à échouer délibérément leur navire sans savoir quand la vague arrivera ni jusqu’où elle remontera sur la côte.

Les particularités des tsunamis en fjord, un défi pour les navigateurs

Les tsunamis confinés dans les fjords se comportent différemment des vagues classiques, ce qui peut dérouter l’intuition des capitaines. Ils accélèrent en eaux profondes et gagnent considérablement en hauteur en eaux peu profondes. Un navire pensant avoir le temps de fuir pourrait ainsi se faire rattraper et submerger par la vague.

De plus, les tsunamis en fjord ont tendance à créer des courants imprévisibles pouvant dépasser les 100 km/h. Les directives actuelles ne tiennent pas compte de ces interactions complexes entre les tsunamis et le littoral alaskien.

Vers une collaboration entre scientifiques et opérateurs pour améliorer les conseils

Afin d’élaborer des recommandations plus adaptées, Bretwood Higman co-organise un atelier en juin 2024 à Valdez, en Alaska. L’événement réunira pour la première fois des spécialistes des tsunamis et des opérateurs de navires dans le but de compiler leurs connaissances.

Bien que les conseils précis restent à définir, Chad Hults, géologue du National Park Service (NPS), souligne la nécessité pour les grands navires de croisière de prendre en compte la menace des tsunamis côtiers. Le NPS souhaite entamer des discussions avec les compagnies fréquentant la baie des Glaciers, où une douzaine de masses rocheuses semblent prêtes à glisser à tout moment.

Un risque à ne pas négliger pour les pétroliers et les navires de croisière

Pendant la saison touristique, deux paquebots de croisière transportant jusqu’à 4 000 passagers entrent chaque jour dans la baie des Glaciers. Aucun autre parc national n’expose autant de personnes à un danger aussi évident, selon Hults.

De même, Alan Sorum, responsable des opérations maritimes pour le Prince William Sound RCAC, souligne l’absence de directives officielles sur les risques de tsunami pour les pétroliers visitant Valdez, point d’arrivée de l’oléoduc trans-Alaska. Le naufrage d’un tel navire entraînerait une catastrophe écologique majeure.

Jusqu’à présent, l’Alaska a été épargné par le pire. Aucun tsunami n’a provoqué de marée noire ni fait de victimes à bord d’un navire depuis 60 ans. Cependant, face aux dizaines de pentes instables menaçant les baies et les fjords de l’État, Higman reste convaincu que la situation pourrait un jour « exploser ». Il est urgent d’agir pour protéger les navires, leurs passagers et l’environnement fragile de l’Alaska face à ce danger grandissant.

La fonte rapide des glaciers, combinée à l’augmentation du trafic maritime, fait peser une menace sans précédent sur les côtes accidentées de l’Alaska. Les glissements de terrain et les tsunamis qui en découlent représentent un défi majeur pour les opérateurs de navires, qu’il s’agisse de petites embarcations touristiques ou de gigantesques paquebots de croisière. Face à ce danger croissant, il est essentiel que scientifiques et professionnels unissent leurs efforts pour élaborer des directives adaptées et réduire les risques.

L’atelier prévu en juin 2024 à Valdez constitue une première étape cruciale dans cette démarche. En compilant les connaissances des spécialistes des tsunamis et des opérateurs de navires, cet événement pourrait jeter les bases de recommandations plus pertinentes et efficaces. Les capitaines doivent être sensibilisés aux particularités des tsunamis en fjord, qui se comportent différemment des vagues classiques et peuvent prendre de court même les navigateurs les plus expérimentés.

Parallèlement, les autorités et les compagnies maritimes doivent prendre conscience de l’ampleur du risque, notamment dans les zones les plus fréquentées comme la baie des Glaciers. La sécurité des passagers et la préservation de l’environnement doivent être des priorités absolues face à la menace grandissante des tsunamis côtiers.

Il est temps d’agir avant qu’une catastrophe ne se produise. Les enjeux sont considérables, tant sur le plan humain qu’écologique. En collaborant étroitement et en adaptant les pratiques aux réalités du terrain, scientifiques et professionnels peuvent contribuer à réduire les risques et à préserver la beauté sauvage de l’Alaska pour les générations futures. L’avenir de cette région unique au monde en dépend.

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