Un virus ravageur, le « CSSVD » ou « maladie du gonflement des pousses du cacaoyer », fait planer une ombre inquiétante sur la production mondiale de cacao. Alors que plus de la moitié du chocolat consommé dans le monde provient d’Afrique, cette épidémie pourrait entraîner des pertes massives pour les pays producteurs et faire flamber les prix. Face à cette menace, les scientifiques explorent des solutions pour endiguer sa propagation.
L’Afrique, géant mondial du cacao, en première ligne
La Côte d’Ivoire (40,1%), le Ghana (13,1%), le Nigeria (5,89%) et le Cameroun (5,42%) assurent à eux seuls plus de la moitié de la production mondiale de cacao, selon les données de l’OEC. Ces récoltes représentent des milliards de dollars d’exportations pour ces pays, mais sont aujourd’hui menacées par le virus du CSSVD.
Détecté pour la première fois dans la région en 1936, ce virus n’est pas nouveau. Mais l’émergence de souches de plus en plus agressives inquiète les chercheurs. Dans une étude publiée par la revue Plos One, ils le qualifient de « menace réelle pour l’approvisionnement mondial en chocolat ».
15 à 50% des récoltes détruites chaque année au Ghana
Le CSSVD est considéré comme l’une des maladies les plus dévastatrices pour les cacaoyers. Au Ghana, il est responsable chaque année de la perte de 15 à 50% des récoltes. Le virus est transmis par plusieurs espèces de cochenilles, qui se déplacent de plante en plante en se nourrissant du cacaoyer.
Selon Benito Chen-Charpentier, co-auteur de l’étude, « les pesticides sont peu efficaces contre les cochenilles ». Les agriculteurs sont donc contraints d’essayer de contenir la maladie en abattant les arbres infectés et en cultivant des variétés résistantes. Malgré ces efforts, « le Ghana a perdu plus de 254 millions de cacaoyers ces dernières années ».
Des modèles mathématiques pour contrer la propagation
Si les vaccins constituent une solution efficace, leur coût élevé les rend inaccessibles pour de nombreux agriculteurs, en particulier les plus modestes qui sont aussi les plus touchés par le CSSVD. Pour les cas où la vaccination n’est pas envisageable, les chercheurs ont étudié le comportement du virus et des cochenilles afin de proposer des modèles visant à freiner sa propagation.
Quatre modèles, deux déterministes et deux stochastiques, ont été élaborés en se basant sur des calculs mathématiques. Ils se concentrent notamment sur les conditions de transmission du virus par les cochenilles, en simulant différentes stratégies : génération de bruit environnemental, augmentation de la distance entre les arbres, utilisation de couches protectrices pour les arbres non vaccinés, tout en prenant en compte les coûts pour les agriculteurs.
Sécuriser les récoltes, un enjeu crucial
Les résultats de cette étude, menée en collaboration avec l’Institut de Recherche sur le Cacao du Ghana, devraient contribuer à sécuriser les récoltes, même si ces modèles restent pour l’instant expérimentaux. L’enjeu est de taille, tant pour les pays producteurs que pour les amateurs de chocolat du monde entier.
Car au-delà de l’impact économique, c’est tout un pan de notre patrimoine gustatif qui est en péril. Imaginer un monde privé de chocolat fait frémir les papilles… et les cœurs ! Espérons que la recherche parviendra à juguler cette épidémie, pour que le chocolat continue de nous régaler encore longtemps. En attendant, savourons chaque carré comme un petit trésor.