Les Émirats arabes unis ont été frappés cette semaine par une tempête d’une rare violence, provoquant des inondations massives, la fermeture de l’aéroport international et des dégâts considérables. Selon les experts, ce phénomène météorologique extrême serait directement lié au changement climatique et non aux programmes de géo-ingénierie ou d’ensemencement des nuages.
Des précipitations record depuis 75 ans
Le Centre National de Météorologie (CNM) des Émirats, qui enregistre les données climatiques du pays depuis 1949, a constaté que les pluies torrentielles de ces derniers jours étaient les plus intenses depuis 75 ans. En seulement 24 heures, 254,8 mm de précipitations ont été enregistrés, soit plus que la moyenne annuelle habituelle.
De nombreux habitants ont partagé sur les réseaux sociaux des vidéos et des photos montrant l’ampleur des inondations, que ce soit à l’aéroport international, sur les routes ou dans les centres commerciaux. Un résident espagnol à Dubaï a décrit le phénomène : « Il a commencé à pleuvoir légèrement, puis trois trombes d’eau se sont abattues à une heure d’intervalle chacune… C’était dévastateur ».
Une dépression isolée à haute altitude (DANA) en cause
Selon Mar Gómez, docteure en physique et responsable météorologie chez eltiempo.es, une des clés de cet événement météorologique exceptionnel est sa survenue « dans une zone désertique, où il est surprenant de voir des villes comme Dubaï avec tout leur confort, étant donné la rareté des ressources en eau ». Dans cette région, il pleut très peu, c’est pourquoi les Émirats développent depuis de nombreuses années des techniques de géo-ingénierie pour ensemencer les nuages et provoquer des précipitations.
Cependant, la docteure Gómez écarte fermement l’implication de ces procédés dans la tempête dévastatrice, baptisée Hadir, et pointe directement le changement climatique comme responsable. « Ce qui s’est passé, c’est le passage d’un système orageux convectif, avec de forts courants ascendants. Ce sont des orages de moyenne ampleur bien organisés et associés à l’eau chaude de la mer, qui est un déclencheur de tempêtes sévères », explique-t-elle.
Rubén del Campo, de l’Agence nationale de météorologie espagnole (Aemet), précise ce diagnostic : « La présence d’une DANA (dépression isolée à haute altitude) sur la zone a généré de l’instabilité et aspiré des eaux très chaudes de l’océan Indien, provoquant cette situation extraordinaire ». Il écarte lui aussi l’hypothèse d’un épisode provoqué par la géo-ingénierie, soulignant que la technique d’ensemencement des nuages à l’iodure d’argent, bien qu’étudiée et appliquée dans certains pays depuis les années 1980, ne montre pas de résultats concluants sur l’augmentation des précipitations.
Un phénomène appelé à se répéter avec le réchauffement climatique
Compte tenu de l’ampleur et de l’étendue géographique de cet épisode météorologique extrême, les experts jugent très improbable que l’ensemencement des nuages y ait joué un rôle. Ils appellent plutôt à « une étude d’attribution » pour mieux comprendre ce qui s’est passé, car les images sont saisissantes, non seulement par l’intensité des pluies mais aussi parce qu’il s’agissait d’un orage électrique, provoquant des glissements de terrain sur un sol peu drainant.
Dans un communiqué, l’organisme qui supervise les opérations d’ensemencement des nuages aux Émirats arabes unis a déclaré qu’aucune opération de ce type n’avait eu lieu avant ou pendant la tempête. Les météorologues avaient d’ailleurs prévu cet événement plusieurs jours à l’avance, ce qui éloigne l’hypothèse d’un ensemencement à court terme.
Pour les experts, il n’y a qu’une seule explication à prendre au sérieux : « Les phénomènes météorologiques extrêmes vont s’intensifier en raison de l’augmentation des températures due au changement climatique provoqué par l’homme ». Un avertissement sévère qui appelle à une prise de conscience et à des actions urgentes pour limiter le réchauffement de la planète et ses conséquences dévastatrices.