Des chercheurs ont découvert des traces génétiques de virus géants dans la neige et la glace de l’Arctique. Selon eux, ces virus pourraient infecter les algues des neiges responsables de l’accélération de la fonte des calottes polaires. Une piste inattendue pour freiner le réchauffement climatique.
Qu’est-ce qu’un « virus géant » ?
Malgré leur nom effrayant digne d’un film de science-fiction, les virus géants ne sont pas tous dangereux pour l’Homme. Certains se contentent d’infecter des algues et d’autres microbes, jouant ainsi un rôle bénéfique pour l’environnement.
Les virus géants appartiennent au phylum des Nucleocytoviricota. Comme leur nom l’indique, leur particularité est d’être immenses : jusqu’à 1000 fois plus gros qu’un virus classique ! Avec une taille comparable voire supérieure à celle d’une bactérie, et un génome pouvant atteindre 2,5 millions de paires de bases, contre 7000 à 20 000 pour un virus lambda.
Des virus dans la neige arctique
Une étude publiée dans la revue Microbiome a révélé la présence de signatures génétiques virales dans des échantillons prélevés en Arctique. Elles appartiennent à plusieurs familles de virus géants connus pour infecter des algues et des protistes, mais inoffensifs pour l’Homme.
Selon Laura Perini, co-autrice de l’étude, il ne s’agit pas de fossiles piégés dans la glace depuis des millénaires. La présence d’ARN messager viral, qui se dégrade très vite, ainsi que de génomes viraux assemblés, prouve que ces virus sont bien vivants et actifs aujourd’hui.
Quel impact sur la fonte des glaces ?
Si ces virus géants infectent bien les algues des neiges arctiques, ils pourraient jouer un rôle inattendu dans la lutte contre le réchauffement climatique. En effet, ces algues contribuent activement à la fonte des calottes polaires en assombrissant la surface de la neige et de la glace. Elles absorbent ainsi plus de rayonnement solaire, accélérant la fonte.
Le phénomène est devenu si important qu’en Antarctique, les immenses efflorescences d’algues rouges, vertes et oranges sont désormais visibles depuis l’espace ! Elles jouent certes un rôle écologique important dans ces écosystèmes pauvres en végétation. Mais freiner leur prolifération pourrait ralentir la fonte des glaces.
Vers une solution virale ?
C’est là qu’interviennent nos fameux virus géants. En infectant et en tuant une partie des algues des neiges, ils pourraient réguler naturellement leurs populations et ainsi limiter leur impact sur la fonte. Une piste séduisante, mais à manier avec précaution.
Avant d’envisager toute intervention, il faudra d’abord mieux comprendre le fonctionnement de ces écosystèmes complexes où interagissent algues, bactéries, champignons, protistes et virus géants. Introduire un organisme pour en combattre un autre comporte toujours des risques.
La découverte de Laura Perini montre en tout cas que ces virus sont capables de survivre aux froids polaires extrêmes. Et ouvre une voie de recherche originale pour tenter d’enrayer la fonte de plus en plus rapide des calottes glaciaires. La nature nous réserve décidément bien des surprises !